

L’Association de la Famille Spirituelle de
Charles de Foucauld s’est réunie à Rome chez les
Petites Sœurs de Jésus, les 17, 18, 19 mai 05.
Au cours de
cette réunion, Mgr Bouvier, Postulateur de la
cause de béatification a donné l’information
suivante : Dès son élection, notre Saint Père le
Pape Benoît XVI a décidé de simplifier les
cérémonies de béatification.
La Béatification du Père de Foucauld avait été reportée à une date ultérieure en raison du décès de S.S. Jean Paul II. La perspective de la célébration de la Béatification de Charles de Foucauld pour l’automne 2005 a été prise en considération par les Autorités Romaines concernées. Nous ne disposons d’aucune autre information à cette date.
(...)
Portrait de Charles de Foucault dans les mots de Jean de Soos
Charles de Foucauld naît
à Strasbourg en 1858. Très vite orphelin, sans trop de repères, proche de
beaucoup de jeunes d'aujourd'hui : « Ma foi a été complètement morte pendant des
années : pendant douze ans, j'ai vécu sans aucune foi. Rien ne me paraissait
assez prouvé. je vivais comme on peut vivre quand la dernière étincelle de foi
est éteinte. » (à Henri de Castries - 14.08.1901)
Officier, il sera le dernier de sa promotion, préférant faire la fête ! Il
devra finalement quitter l'armée, à cause de son inconduite. « Je
faisais le mal mais je ne l'approuvais ni ne l'aimais. Vous me faisiez sentir,
mon Dieu, un vide douloureux, une tristesse que je n'ai éprouvée qu'alors ; ce
besoin de solitude, de recueillement, ce trouble de l'âme, cette angoisse, cette
recherche de la vérité, cette prière : " Mon Dieu, si vous existez,
faites-le-moi connaître." » (Retraite à Nazareth -6.11.1907
Il va alors se faire géographe au Maroc, pays alors fermé aux Français, en
étant déguisé en rabbin juif. Il va écrire son « exploration au Maroc » pour
lequel il sera reconnu par les savants de l'époque. Il est très marqué par la
foi des musulmans « L'Islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue
de cette foi, de ces hommes vivant dans la continuelle présence de Dieu m'a fait
entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que toutes les occupations
mondaines. » à Henri de Castries - 8.07.1901)
Au retour, il est en pleine recherche spirituelle : « Je me mis à aller à
l'église sans y croire, ne me trouvant bien que là et y passant de longues
heures à répéter cette étrange prière »
Un contact décisif, celui de l'abbé Huvelin, auprès duquel il se convertit : «
Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire
autrement que de vivre que pour lui. Ma vocation religieuse date de la même
heure que ma foi, Dieu est si grand ! » (à Henri de Castries -
14.08.1901)
Charles va alors de conversion en conversion. Dans un premier temps, il
rentre à la Trappe, à ND des Neiges dans l'Ardèche. Il cherche quelques chose de
plus rude et va en Syrie, à la trappe d'Akbès. Ce n'est pas assez :
il cherche toujours davantage à s'unir à la volonté de Jésus, pour lui
ressembler et faire ce qui plait. Il va vivre humblement comme jardinier chez
les clarisses de Nazareth : « Ma vocation est d'imiter le plus parfaitement
possible notre Seigneur dans sa vie cachée de Nazareth. » (à l'abbé Huvelin -
26.04.1900)
« Nazareth est partout où l'on travaille avec Jésus, dans l'humilité, la
pauvreté et le silence. »
(de l'abbé Huvelin - 18.09.1905)
Il retourne en France et se prépare au sacerdoce, ce qu'il avait jusque là
refusé, pour aller auprès des brebis les plus perdues, les plus délaissées, et
leur annoncer le Christ. Ordonné prêtre le 9 juin 1901 pour le diocèse de
Viviers, il part dans le Sud de l'Algérie. A Béni Abbés, il se veut le frère
universel, et appelle le lieu où il habite la Fraternité : « Je veux
habituer tous les habitants chrétiens, musulmans, juifs, et idolâtres à me
regarder comme leur frère, le frère universel. » Ermitage de Béni Abbès - 1901 -
1905
Charles de Foucauld va de conversion en conversion, tout comme on pourrait dire
qu'il va de tentation en tentation. Lui qui aidait les autres sans
compter et sans se soucier de lui-même, voici qu'il va tomber malade. Ce sont
les Touaregs qui vont pour le soigner chercher à plusieurs dizaines de
kilomètres à la ronde le lait qui peut le sauver. Il apprend à recevoir de ceux
qu'il pensait être venu aider : il s'est laissé apprivoiser. Amour vécu dans la
réciprocité. Apostolat de la bonté et de la douceur. A nouveau, il
va aller plus loin sur la piste, plus au Sud, à Tamanrasset. Ce lieu
où j'ai eu la chance de prier avec d'autres prêtres (Second Souffle des prêtres
Jésus Caritas), voici 3 semaines. Il s'installe à côté d'un campement de 20
zéribas, 20 huttes en paille, et 40 personnes, Tamanrasset.
Aujourd'hui, c'est devenu une ville de 120 000 habitants !
Il va là au désert, bien sûr. Lieu si impressionnant, lieu de silence, lieu de
la rencontre de Dieu. « Il faut passer par le désert et y séjourner pour
recevoir la grâce de Dieu. C'est là qu'on chasse de soi tout ce qui n'est pas
Dieu. » (lettre au père Jérôme)
« Celui qui possède Jésus n'est-il pas assez riche. »
Mais quand il construit un ermitage à l'Assekrem, au milieu d'une mer de pics,
à 2700 m, ne nous y trompons pas. Il ne cherche pas la solitude. Il se
rapproche des campements de Touaregs auprès de leur troupeaux. « On
fait du bien dans la mesure, non de ce que l'on dit et ce que l'on fait, mais
dans la mesure de ce que l'on est. » (Conseils - Art.XXVIII)
Bien sûr, il aura aussi de nombreux contacts avec les français, avec ses
anciens camarades militaires, dont Laperrine (originaire de Castelnaudary)
Pendant ces années au Sahara, Charles de Foucauld fait un énorme travail de
linguistique et de traduction entre la langue touarègue et le français :
dictionnaire, 8000 vers de poésie traduits, et tant d'autres livres, sous un
pseudonyme (Motilinsky), pour passer inaperçu. Petit à petit, son
désir de conversion des musulmans est devenu un désir de les aimer gratuitement.
Ni solitaire, ni missionnaire Il vit autrement l'esprit de Nazareth, par sa
présence.
« Mon Dieu, faites que tous les hommes aillent au ciel. »
Pris entre les luttes intestines touarègues, alimentées par la guerre franco
-allemande, il se sait menacé : Il écrit, le 1er décembre 1916, matin du jour
où il sera assassiné : « Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de
tout, étendu à terre, nu, méconnaissable, couvert de sang et douloureusement
tué. et désire que ce soit aujourd'hui. »
Il meurt seul, sans compagnons, lui qui aurait tant voulu fonder. « Si le grain
de froment ne meurt pas, il reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.
»
C'est après sa mort que René Bazin écrira un livre qui le fera connaître : «
Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara » René
Voillaume prendra le flambeau et fondera les Petits Frères de Jésus. Nous
venons de célébrer son centenaire à Cépie, près de Limoux, où il avait vécu
pendant près de 30 ans. Vont naître par la suite 17 groupes faisant
partie de la famille spirituelle de Charles de Foucauld, plusieurs
congrégations, masculines et féminines, ainsi que des associations de laïcs ou
de prêtres, la Fraternité Sacerdotale Jésus Caritas, dont je fais partie. Nous
sommes 7 à être en Fraternité dans l'Aude, 700 en France et un peu plus 3700
prêtres diocésains dans le monde. Pourquoi être prêtre dans cette
Fraternité ? Etre prêtre diocésain nous nourrit pleinement, bien sûr.
Mais la Fraternité nous donne de vivre davantage :
- la contemplation l'adoration et l'attachement au Christ
- l'esprit de Nazareth, c'est-à-dire de la présence au monde.
- Le partage mensuel d'une bonne journée en Fraternité de prêtres.
- L'attention aux plus pauvres, mais aussi à ceux qui vivre une blessure
particulière, je pense pour moi à tous ces parents marqués par le décès d'un
enfant.
- La journée de désert mensuelle, temps d'arrêt et de retraite, où nous nous
remettons entre les mains du Seigneur.
- D'autres moyens nous sont proposés, comme une fois dans notre vie le mois
de Nazareth, 4 semaines de retraite, de partage entre prêtres et de retour
aux sources foucauldiennes. C'est ce que j'ai eu la chance de vivre cet été.
Charles de Foucauld, un
homme qui a vécu pleinement la Pentecôte. Animé, bousculé par l'Esprit, il est
toujours allé plus avant à la rencontre des hommes ses frères à la suite de son
bien aimé frère et Seigneur Jésus-Christ, dont il disait : « Jésus est le
Maître de l'impossible. »
A sa suite, Jacques Maritain, Petit Frère de Jésus (qui a longtemps vécu à
Toulouse) écrira : Si vous devez rester dans le monde, je crois que c'est avec
la volonté de vous laisser dévorer par les autres. (1928)
En cette fête de Pentecôte, c'est la grâce que je nous souhaite à tous, à vous
comme à moi. Comme le disait l'abbé Huvelin à frère Charles, Allez où vous
pousse l'Esprit ! 5 juillet 1904
Amen.
Pour continuer en photos :
Visite chez les petits frères de la Croix